Aller au contenu

LE PARCOURS EN “U” d’UN CHANGEMENT TRANSFORMATIONNEL PROFOND

La crise écologique nous invite à un changement de paradigme de même ampleur que la révolution copernicienne : nous devons apprendre à réencastrer notre activité à l’intérieur des limites planétaires et des cycles de la biosphère. Pour ce faire, réduire l’impact de nos systèmes productifs ne suffira pas. Plus qu’un changement d’ambition, le monde économique est invité à un renversement de ses logiques et valeurs : d’une recherche de performance financière friedmanienne à une logique de contribution et de préservation du vivant, de l’abondance des ressources à la sobriété, d’une logique d’achat à une logique de vigilance sur les critères d’achat.

Surmonter les forces de rappel du monde actuel pour soutenir l’émergence d’un futur désirable.

Préserver quelque chose de l’abondance du vivant dans laquelle les participants de la CEC sont nés se fera sans “en même temps”, sans “à la marge” et par dessus tout sans “comme d’habitude”. Car sans une remise en cause existentielle, les réponses apportées relèvent de la « RSE à la papa », qui réduisent l’impact de l’activité sans avoir pris la mesure du changement de paradigme à opérer, et du techno-optimisme qui saute à pieds joints sur les solutions sans avoir pris la mesure de leurs externalités et effets rebond.

C’est ce rôle de détonateur que peut jouer l’actuelle crise écologique, en nous confrontant aux limites de notre planète, à notre finitude en tant qu’espèce et à l’impasse de notre modèle de développement. Pour autant, elle ne peut le jouer que si les drames qu’elle amène dans son sillage sont pleinement reçus, dans leur portée réelle et qu’ils se traduisent non pas par du découragement, mais par un élan de contribuer à une réinvention du monde économique et productif.

C’est justement le défi qu’a relevé la première session du parcours de la CEC, en invitant les 250 Dirigeants présents à vivre ou revivre ensemble le parcours en U d’un changement transformationnel profond.


6 étapes clés de ce parcours

1ère étape, vivre un décentrage et une ouverture du cœur sur le caractère vulnérable et infiniment précieux de notre unique vaisseau spatial habitable dans l’univers, la planète Terre. Ce fut Jean-Pierre Goux qui fit vivre aux participants cette expérience « d’overview effect* » sur une somptueuse musique de Yaël Naim.

Deuxième étape, conclure ensemble une alliance pour accepter de regarder en face, les yeux ouverts, le cœur ouvert, la volonté ouverte, les dégradations de notre biosphère, et ainsi d’être ensemble saisis par l’impasse, voire l’absurdité de notre modèle économique actuel, qui outrepasse les limites de notre planète et met le vivant en danger, sans pour autant assurer les besoins essentiels du plus grand nombre.

Troisième étape, se donner le temps et avoir le courage d’instruire successivement ensemble les différentes pièces du puzzle de la crise écologique. Puis de les rapprocher pour percevoir la grande image de la systémie : tout est interconnecté, tout est interdépendant.

  1. Comprendre, avec Valérie Masson Delmotte, que l’activité humaine est en train de nous faire sortir des 10 millénaires de stabilité climatique qui seuls ont permis le développement des civilisations humaines.
  2. Comprendre, avec Christian Mougin, que les pollutions sont multiples, omniprésentes et généralisées, dans l’air, les sols, les eaux et les corps, et que la pensée par « bonnes pratiques et plan d’actions » ne suffira pas à rétablir un environnement sain.
  3. Découvrir, avec Luc Abbadie, les contours d’une biosphère profondément appauvrie, soumise aux caprices d’un climat devenu erratique. Comprendre que seule une réévaluation globale de notre niveau d’activité, alliée à une nouvelle coopération avec le vivant, permettra de limiter l’effondrement de celui-ci, et donc de maintenir les services écosystémiques, conditions de la vie sur terre.
  4. Comprendre, avec MoOtPoints, que cette activité est appuyée sur des ressources finies et qu’il nous faut sortir d’une logique extractive et linéaire.
  5. Comprendre, avec Maxence Cordiez, que l’hubris de notre activité actuelle n’est possible que par un apport énergétique massif qui est tellement étroitement lié aux hydrocarbures que tout scénario d’arrêt rapide de leur utilisation ouvre en grand l’amère et désagréable question du renoncement.

« Il faut un immense courage pour affronter une immense perte. » Francis Weller

4ème étape, en prenant progressivement conscience de l’imbrication et de la gravité des difficultés liées à la crise écologique, accepter de vivre une phase de descente vers des émotions difficiles d’angoisse, de peur, de découragement devant l’ampleur des dégâts comme du chantier de reconstruction à mener.

5ème étape, vivre ensemble un changement de regard, qui consiste à se percevoir, ensemble, comme des éléments interdépendants de longues chaînes de vies, humaines et non-humaines, des parties prenantes qui ont contribué peut-être au système économique actuel et qui sont aussi dotées d’un pouvoir d’émergence pour en faire advenir un autre. Ce chemin de transition intérieure s’appuie sur les 4 phases du Travail Qui Relie de Joana Macy : s’ancrer dans la gratitude, honorer sa peine pour le monde, changer de regard, puis aller de l’avant.

6ème étape, retrouver son énergie vitale et remonter vers le passage à l’action.

  1. Comprendre, avec Aurélie Piet, les tenants et aboutissants du modèle économique de demain, et le percevoir comme un modèle déjà en train d’émerger et de prendre le dessus.
  2. Appréhender, avec Loïc Steffan, le passage étroit par lequel toute activité «non compatible» avec la soutenabilité forte doit passer pour survivre aux défis de demain.
  3. Se souvenir, avec Mathieu Baudin, que l’avenir reste, par définition, à faire advenir, et que les prévisions inquiétantes des Meadows et du Forum Economique de Davos servent aussi à nous mobiliser pour éviter que ce qui est prévu ne se produise. Sentir que la force du collectif présent est à même d’écrire une nouvelle page d’un futur désirable.
  4. Percevoir, avec Martin Serralta, que le changement radical auquel nous sommes invités s’appuiera sur le point fixe et familier de notre raison d’être, et que toute notre histoire nous a forgés à jouer un rôle singulier dans cette transition.


Au fil de ces étapes, les dirigeants se sont sentis portés par l’énergie d’un collectif conscient des enjeux et capable de relever les défis de la redirection écologique. Ils ont affûté leur motivation à rester entrepreneurs dans un monde où il y aura sans doute moins de confort et plus d’incertitudes à affronter, mais où ils auront la possibilité de construire ensemble un avenir désirable pour les générations futures. 

La suite du parcours les soutiendra face aux nouveaux défis qui les attendent : trouver des voies pour réinventer une activité compatible avec des critères de soutenabilité forte, surmonter l’inertie et les verrouillages de nos organisations, surmonter aussi les forces de rappel des différentes formes de déni qui se dressent face au changement de civilisation qui nous attend, et qui sont d’abord un déni des limites.

* L’overview effect ou effet de surplomb est un choc cognitif, une prise de conscience dont témoignent certains astronautes lors d’un vol spatial qui se produit lorsque ceux-ci observent la Terre depuis l’orbite terrestre ou la Lune. La planète est perçue comme une sphère fragile « suspendue dans le vide », protégée par une fine atmosphère. Des observateurs extérieurs ont noté des changements d’attitude significatifs auprès des astronautes ayant témoigné avoir vécu cet effet.

Partagez cet article

Twitter
LinkedIn
Facebook

Valérie Brunel 

Docteur en sociologie clinique, Valérie a fondé le cabinet Kairos Accompagnement et Recherches. Elle accompagne les entreprises dans leurs projets de redirection écologique, mène des recherches en SHS et a publié « Les Managers de l’âme » (La Découverte). Enfin, elle a co-fondé l’éco-lieu La Tuilerie de Talouan.

Lire aussi

Session 1

Pour aller plus loin

CAP, le magazine de la CEC

CAP signifie « Créer d’Autres Perspectives ».  CAP est accessible à tous, pour interpeler, intéresser et inviter tous les collaborateurs de toutes les entreprises à la redirection écologique de l’économie.

CAP 1
Créons d’autres perspectives

Pour le tout premier numéro du magazine de la CEC, nous vous offrons un retour et un regard sur la session 1, moment charnière de l’expérience des 150 dirigeants où le collectif s’est formé et s’est soudé autour d’un constat implacable. Découvrez le vécu et les perspectives de nos participants, intervenants et bénévoles !

CAP 2
Direction régénération

Les grandes étapes de la session 2  : raison d’être des entreprises, changement de paradigme et nouveaux modèles économiques régénératifs. 

Toutes les ressources

Film CEC Chapitre 1

Découvrez ce qui a été vécu par les participants lors des deux premières sessions ainsi que des extraits des conférences auxquelles ils ont assisté.

Découvrir »

CAP : le magazine de la CEC

CAP signifie « Créer d’Autres Perspectives ».  CAP est accessible à tous, pour interpeler, intéresser et inviter tous les collaborateurs de toutes les entreprises à la redirection écologique de l’économie.

Découvrir »