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LES SYSTÈMES DYNAMIQUES COMPLEXES, LA COOPÉRATION, L’AUTONOMIE ET LA RÉSILIENCE

Expert en stratégie, transformation et innovation, Rémy Bourganel décrypte quelques concepts clés au cœur du modèle régénératif de l’entreprise.
Dessin réalisé par © Stéphanie Dubois

D’ici à 2030, du fait des projections de croissance démographique de l’ordre de 33%, les besoins alimentaires augmenteront de 50% et nos besoins en énergie et en eau de 30% (selon Mulvey dès 2009). Interdépendants, ces trois piliers sont sous tension : si l’un s’effondre, les autres s’écroulent. L’économie actuelle ne saura apporter de réponses à l’échelle de ces enjeux sauf à changer son fonctionnement.

Comprendre les interdépendances systémiques

Durant la session 2, c’est justement cette question des systèmes dynamiques complexes où tout est interconnecté mais ne se vaut pas, que nous avons explorée. En effet, pour répondre aux enjeux de régénération, il est important d’aborder la hiérarchie des interdépendances. C’est, dans l’ordre, d’abord l’énergie, puis la matière, suivie des écosystèmes, ensuite les espèces, et seulement enfin la culture, l’économie, la santé et le bien-être. De plus, aucun produit, service ou entreprise n’est soutenable “en soi” car la soutenabilité renvoie à l’état d’un système dynamique complexe, qui ne peut prospérer de manière résiliente que dans l’autonomie (sans besoin d’énergie ou de matière importée de l’extérieur du système). 

Ainsi, pour être régénérative et produire de l’impact, une entreprise doit entrer dans un modèle de contribution en coopération dans un système, un territoire et des besoins humains. Et l’alignement d’intentions permet d’atteindre des impacts beaucoup plus à la hauteur des enjeux de régénération des conditions de vie sur Terre. Enfin, chaque contexte est différent et implique d’explorer l‘équilibre des enjeux d’autonomie (énergie/matière) d’un territoire tout comme les principes d’harmonie et de résilience (méthodologie “Symbiosis In Development”).

Dans les modèles d’affaires, il est donc essentiel de comprendre les interdépendances aux quatre niveaux inférieurs sans lesquels les quatre suivants s’effondrent. Par exemple, lorsqu’on construit un tramway, on peut penser qu’il suffit de l’éco-concevoir et de réduire ses externalités pour qu’il soit durable. Cela est essentiel, mais insuffisant. A la CEC, nous désirons porter l’ambition de la soutenabilité à la hauteur de la dynamique d’un système par l’économie de la fonctionnalité et de la coopération. Pour poursuivre l’exemple du tramway, cela signifie explorer sa contribution à la soutenabilité d’un territoire. C’est ici que se situe le changement de paradigme : ce n’est plus le tramway qui est durable mais bien le tramway qui contribue à la durabilité du système dynamique qu’est le territoire. Puis, il s’agit de coordonner des acteurs sur ce même territoire pour qu’ensemble, ils produisent des impacts à des fins de régénération sociale et environnementale. Ils ouvrent alors la voie de la finance et de l’économie de l’impact.

Le biomimétisme ou comment s’inspirer du vivant

Je m’appuie sur l’ouvrage de Fritjof Capra et de Pier Luigi Luisi paru en 2016 “The system view of Life” pour caractériser ce que peut être une entreprise biomimétique. Leurs recherches nous introduisent aux principes du vivant en nous montrant que les systèmes biologiques, écologiques, cognitifs et sociaux partagent en fait des caractéristiques dont nous pouvons nous inspirer. Par exemple, les quatre caractéristiques de la vie sont les réseaux, la régénération, la création et l’intelligence.

« Pour être régénératif et produire de l’impact, une entreprise doit entrer dans un modèle de contribution en coopération dans un système, un territoire et des besoins humains. »

L’approche du “Symbiosis developpement“ permet, quant à elle, d’aborder les enjeux de manière systémique dans leur jeu de relations et de dynamiques autour des piliers de l’autonomie, de l’harmonie et de la résilience, pour favoriser des émergences et de la régénération. Cette approche s’inspire des principes du vivant. C’est aussi un biomimétisme.

D’une économie mécanique à une économie biomimétique

Pour l’instant, on peut dire que l’économie n’est pas tout à fait biomimétique, elle est même plutôt mécanique. Et c’est d’ailleurs une histoire française, que l’on doit notamment à l’héritage de la rationalité de Descartes et de sa division entre nature et culture, mais aussi à de Fayolle, ingénieur à l’École des Mines, qui a inventé la science du management et la division des tâches et du travail, bien avant Taylor. Ce modèle mécanique et extractif nous a indéniablement permis de prospérer en objectivant le monde et la nature comme ressources à extraire et exploiter. L’essence de ce modèle est le réductionnisme, c’est-à-dire que, pour résoudre un problème, on le réduit en sous-problèmes. Cette approche mécanique et utilitaire objectivise et nous distancie des systèmes dans lequel un problème se situe. Mais c’est aussi une approche linéaire qui sous-tend toujours l’idée d’extraire plus de matières, donc d’énergies, provoquant in fine toujours plus de pollution. Et ça, vous l’avez compris, ce n’est pas tenable : nous sommes arrivés au point de bascule vers une approche systémique et holistique.

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Rémy Bourganel

Designer, avec plus de 20 ans d’expérience internationale en stratégie, transformation & innovation. Rémy Bourganel a piloté la traduction de la raison d’être de Nokia et d’Orange en principes d’innovation. Il s’intéresse aux leviers du numérique pour concevoir des modèles d’affaires à impact qui créent des synergies d’intention entre la finance et les entreprises.

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