Interview de Christophe Martin

Interview de Christophe Martin, Directeur de Renault Trucks France.

Renault Trucks vient d’être sélectionnée pour participer à la Convention des Entreprises pour le Climat (CEC) qui se tiendra de septembre 2021 à juin 2022. La CEC réunira 150 dirigeants d’entreprises issus d’une grande variété de secteurs, pour les aider à mesurer le défi d’une réduction de 55% des émissions de GES d’ici 2030 et les accompagner dans la co-construction de feuilles de route pour y arriver.

Quel est l’enjeu écologique principal de votre entreprise dans son secteur d’activité ?

Entreprise produisant et commercialisant des camions, nous sommes naturellement identifiés comme une source majeure du problème écologique actuel.

Notre principal enjeu actuel est de facto un enjeu de transition énergétique.

Le cadre réglementaire européen nous impose en effet de réduire nos émissions de CO2 de 15% à l’horizon 2025 et de 30% à l’horizon 2030.

En temps normal, nous sommes en mesure de diminuer la consommation de diesel de nos camions, donc d’émission de CO2, de 1% par an. Il nous est donc demandé d’aller 3 fois plus vite dans les 10 ans qui viennent.

Suite aux Accords de Paris, le Groupe Volvo s’est par ailleurs engagé à ne plus vendre de camions Diesel d’ici 2040. L’entreprise doit donc investir massivement (nous parlons de centaines de millions d’Euros par an) sur de nouvelles technologies de camions électriques, soit utilisant des batteries soit des piles à combustible à hydrogène. A noter également que d’autres concurrents, sans expérience sur le véhicule diesel, apparaissent avec des offres disruptives susceptibles de changer complètement la donne pour nos clients.

Les impacts sont considérables sur nos bureaux d’études, nos achats, nos réseaux de distribution, le développement de nouvelles compétences…

Mais il s’agit également de saisir de nouvelles opportunités, notamment autour de l’économie circulaire avec la possibilité de reconditionner des véhicules d’occasion pour leur donner une deuxième vie, de transformer des véhicules Diesel en véhicules électriques ou encore de déconstruire des véhicules d’occasion pour offrir des pièces de rechange de réemploi.

Qu’est-ce qui vous empêche d’avancer aujourd’hui ?

Cette transition énergétique est très complexe et nécessite des investissements massifs.

Nous vivons une période paradoxale. Nous sommes contraints d’assurer une très bonne performance sur nos métiers traditionnels pour financer notre transformation. Et nous devons à tout prix réussir notre transformation pour performer demain…

Un autre frein à notre transformation est d’ordre culturel : il nous faut à tout prix changer notre façon de travailler, réapprendre dans un environnement instable, faire preuve de curiosité et d’audace. C’est un challenge compliqué pour une entreprise vieille de 125 ans !

Qu’est-ce qui pourrait débloquer la situation pour votre entreprise et pour votre industrie ?

Le cadre politique et réglementaire va nous aider à deux niveaux :

  • L’aspect coercitif avec la création de zones à faible ou zéro émission va accélérer le processus de conversion des véhicules ;

  • Les incitations financières à l’achat de véhicules électriques ainsi que des incitations fiscales de suramortissement devraient convaincre certains clients, aujourd’hui encore sceptiques quant au prix significativement plus élevé des véhicules électriques.

Outre le cadre réglementaire, les mentalités des citoyens doivent changer. Le transport propre n’est pas gratuit et il faut donc, en bout de chaîne, que les clients acceptent de payer leurs biens un peu plus chers car transportés de manière écologique. Il s’agit d’une question de fond pour tous les citoyens : sommes-nous prêts à changer notre façon de vivre… et de consommer ?

Qu’attendez-vous de votre participation à la CEC ?

Il y a une prise de conscience des enjeux climatiques depuis 15 mois, et mes équipes sont enthousiastes sur ce projet porteur de sens.

Personnellement, j’attends d’être bousculé : je n’ai pas une pleine conscience de la situation environnementale et je souhaite rencontrer des experts qui me donnent un état des lieux factuel de ce qui se passe.

J’attends de rencontrer des dirigeants inspirants, d’échanger avec eux au cours de ces 6 sessions de 48h sur ce qu’ils vivent, ce qu’ils font déjà, ce qu’ils souhaitent faire, et de créer des réseaux intéressants.

Enfin, j’attends de pouvoir ensuite embarquer mes équipes en interne, de répondre à leur appétit de parler de projets enthousiasmants. Pour attirer les talents, la question du sens est primordiale.

Finalement, pourquoi ne saurais-je pas travailler autrement ?

Interview réalisée en juin 2021 par Claire de Bourmont

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