Interview de Véronique Beaumont

Interview de Véronique Beaumont, Directrice Générale d’ESMOD International.

ESMOD vient d’être sélectionnée pour participer à la Convention des Entreprises pour le Climat (CEC) qui se tiendra de septembre 2021 à juin 2022. La CEC réunira 150 dirigeants d’entreprises issus d’une grande variété de secteurs, pour les aider à mesurer le défi d’une réduction de 55% des émissions de GES d’ici 2030 et les accompagner dans la co-construction de feuilles de route pour y arriver.

Quel est l’enjeu écologique principal de votre entreprise dans son secteur d’activité ?

La mode est décrite comme un secteur polluant.

Portées par une Direction engagée de longue date dans la RSE, les écoles d’ESMOD s’appliquent à sensibiliser leurs étudiants à une mode plus responsable, avec notamment une approche raisonnée des ressources. Si notre formation n’est pas encore 100% éco-responsable, nous initions nos élèves à la traçabilité, à la relocalisation, aux circuits courts, au recyclage, à la non-saisonnalité…

Cependant, cette orientation n’est pas pour eux un critère de premier choix de nos écoles.

Qu’est-ce qui vous empêche d’avancer aujourd’hui ?

La mode éco-responsable est encore très difficile à concevoir car les matériaux éco-responsables coûtent plus cher, tout comme la relocalisation en France.

Nos étudiants sont plus attirés par l’aspect esthétique et à la mode des produits que par leur éco-responsabilité. Ils viennent à ESMOD pour apprendre à créer des vêtements. Pour la plupart, ils consomment encore de la « fast mode » sans se soucier des conditions de fabrication et de commercialisation de leurs vêtements.

Dans le cadre des cours, ils doivent se procurer eux-mêmes les matériaux et ne sont pas encore prêts à acheter des matières éco-responsables qui coûtent plus cher.

On ne peut pas forcer la nouvelle génération.

Qu’est-ce qui pourrait débloquer la situation pour votre entreprise et pour votre industrie ?

Si les jeunes se méfient du « green washing » des grandes entreprises, ils sont sensibles aux influenceurs. Or, aujourd’hui, à part Stella McCartney (une styliste anglaise qui prône une mode plus responsable depuis le début des années 2000) et quelques petites entreprises engagées, il y a trop peu d’influenceurs éco-responsables dans la mode. Contrairement à d’autres pays, la France n’organise pas encore de « Fashion Week responsable », par exemple.

On ne peut pas créer une mode éco-responsable si on ne connaît pas parfaitement les caractéristiques des produits, leur traçabilité et les enjeux de leur fabrication. Nous devons donner envie aux jeunes de revenir aux savoir-faire traditionnels : ESMOD les fait travailler sur la technique et pas uniquement sur l’esthétisme des vêtements.

Nos jeunes ont aussi besoin de comprendre la réalité économique et l’équation éco-responsable / rentable. Nous faisons intervenir dans nos écoles des jeunes entrepreneurs sur les nouveaux métiers de la mode, mais il n’existe pas assez d’exemples concrets de marques de vêtements éco-responsables capables de rivaliser avec les autres marques.

Qu’attendez-vous de votre participation à la CEC ?

J’attends surtout la possibilité d’échanger avec des personnes travaillant dans d’autres secteurs d’activité – des chefs d’entreprise, des chercheurs… –  pour mettre en avant nos impacts, réfléchir sur les nouveaux modèles économiques à mettre en place, pour nous engager ensemble… J’aimerais parler aussi de la digitalisation dans le secteur de la mode.

Je souhaite pouvoir montrer aux autres acteurs économiques que la mode éco-responsable peut intéresser tous les consommateurs, même les plus modestes.

Interview réalisée en juin 2021 par Claire de Bourmont

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