Interview de Marie Bozzoni

Interview de Marie Bozzoni, Directrice Générale de Vedettes de Paris.

Vedettes de Paris a récemment été sélectionnée pour participer à la Convention des Entreprises pour le Climat (CEC), qui se tiendra de septembre 2021 à juin 2022. La CEC réunira 150 dirigeants d’entreprises issus d’une grande variété de secteurs pour les aider à mesurer le défi d’une réduction de 55% des émissions de GES d’ici 2030 et les accompagner dans la co-construction de feuilles de route pour y arriver.

Quel est l’enjeu écologique principal de votre entreprise dans son secteur d’activité ?

Nous travaillons dans deux secteurs d’activité, le tourisme et le transport fluvial, qui ont chacun des enjeux écologiques importants.

Le tourisme de masse – considéré comme tel à partir de groupes de trois personnes – a aujourd’hui plutôt mauvaise presse, même s’’il permet de s’ouvrir à d’autres cultures et de mieux se connaître pour pouvoir mieux vivre ensemble. A Paris, la moitié des touristes viennent de l’étranger, souvent en avion pour seulement quelques jours de visite… L’empreinte carbone de ce secteur est donc mauvaise. La capitale française en prend conscience et souhaite se positionner en fer de lance du tourisme durable.

Le transport fluvial, lui, a le vent en poupe actuellement. Cependant, les bateaux fonctionnent au diesel, même en plein Paris ! Il y a donc une importante transition technologique à effectuer pour que les bateaux polluent moins. Le nettoyage des moteurs à l’hydrogène pour limiter les émissions polluantes ne suffira pas : nous devons les équiper de moteurs électriques – l’hydrogène étant encore considéré comme trop dangereux pour le transport des personnes. Cependant, l’électrification des moteurs de nos bateaux est un investissement qui représente 80% du chiffre d’affaires d’une de nos très bonnes années ! Pour financer le coût de notre transition écologique, nous devons faire un emprunt qui sera remboursé soit par un plus grand nombre de clients (donc une empreinte écologique accrue), soit par une forte hausse des prix de nos prestations.

Qu’est-ce qui vous empêche d’avancer aujourd’hui ?

Le coût financier du changement technologique est un frein important. Avant la crise sanitaire, nous étions prêts à lancer la transformation de nos bateaux en 2021. En 2020, notre activité a chuté de 70% ! L’office de Tourisme de Paris table sur une reprise de 50% en 2021, mais cela ne sera pas suffisant pour notre petite entreprise familiale, déjà fortement endettée. De plus, le coût des prises électriques à installer au Port de Paris pour recharger les bateaux serait à notre charge. Nous ne pouvons pas tout assumer !

Les Assises du Tourisme durable qui se sont déroulées à Paris début juillet 2021 ont décidé de limiter les transports dans la capitale. Cette décision induit le risque pour Vedettes de Paris d’avoir moins de clients, ce qui compliquerait l’amortissement de notre investissement. La ville de Paris a également le projet de développer un service de transports publics (style Vaporettos) sur la Seine, qui représenterait une concurrence directe pour nous.

Paris a été classé Zone à Faibles Emissions (ZFE) : dans ce cadre, le transport fluvial actuel, polluant, devrait en être exclu, sinon notre activité devra cesser.

Qu’est-ce qui pourrait débloquer la situation pour votre entreprise et pour votre industrie ?

Le niveau d’investissement pour transformer nos bateaux existants est tel que nous avons besoin de l’aide des pouvoirs publics. Le client final n’est pas encore prêt à supporter le coût supplémentaire lié à cette transformation. Le surcoût de la transition énergétique doit être partagé. Malgré la générosité de l’Etat français dans ce contexte de crise Covid (PGE, Fonds de solidarité…), les aides restent insuffisantes pour nous permettre de financer notre transition écologique.

Qu’attendez-vous de votre participation à la CEC ?

Nous devons revisiter notre business modèle, imaginer d’autres solutions, structurer un mode de financement pour tous les acteurs fluviaux.

Je souhaite aussi participer à la prise de conscience forte de cet enjeu de transformation énergétique au niveau politique. Des dialogues, des échanges avec des responsables politiques et les administrations sont indispensables pour leur faire comprendre qu’il y a des équilibres écologie / rentabilité à respecter dans le secteur privé.

Entreprise de tourisme située au pied de la Tour Eiffel et accueillant des visiteurs du monde entier, nous sommes une vitrine de la France à l’international. L’électrification de nos bateaux contribuera à montrer que notre pays est concrètement engagé dans le processus de transition énergétique.

Interview réalisée en juillet 2021 par Claire de Bourmont

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