Interview de Dominique Buinier

Interview de Dominique Buinier, directrice d’OCTO Technology.

OCTO Technology a récemment été sélectionnée pour participer à la Convention des Entreprises pour le Climat (CEC), qui se tiendra de septembre 2021 à juin 2022. La CEC réunira 150 dirigeants d’entreprises issus d’une grande variété de secteurs pour les aider à mesurer le défi d’une réduction de 55% des émissions de GES (Gaz à effet de serre) d’ici 2030 et les accompagner dans la co-construction de feuilles de route pour y arriver.

Quel est l’enjeu écologique principal de votre entreprise dans son secteur d’activité ?

Le numérique émet 4% des GES dans le monde, autant que l’avion. Si on ne change pas, le numérique émettra en 2025 autant que le trafic automobile mondial !

Mais l’impact du numérique ne se limite pas aux émissions de CO2 : l’obsolescence programmée des terminaux (téléphones, ordinateurs, objets connectés), engendre une quantité impressionnante de déchets, non recyclables dans leur grande majorité : la fabrication d’un ordinateur portable de 2kg nécessite 800 kg de matériaux et des milliers de litres d’eau ! Le sac à dos écologique de l’ordinateur est bien lourd…

Emissions de GES, déchets non recyclables, consommation d’énergies fossiles… le secteur du numérique impacte beaucoup l’environnement. Ses acteurs doivent prendre conscience de cet impact pour eux-mêmes et aussi embarquer leurs partenaires dans une transformation plus vertueuse. Face à la croissance exponentielle du numérique, se pose la question de son usage : pour quoi faire ? Le secteur doit se réinventer.

Qu’est-ce qui vous empêche d’avancer aujourd’hui ?

Nous sommes face à un paradoxe : le numérique a été clé pendant la crise du Covid-19. Les entreprises les plus avancées dans le travail collaboratif à distance s’en sont mieux sorties que les autres, et nous constatons une accélération des projets digitaux de nos clients. Mais alors que le numérique les sauve économiquement, les entreprises doivent prendre conscience qu’il est également un facteur exponentiel négatif sur l’environnement.

Il est plus que nécessaire de faire cette transition numérique de la manière la plus raisonnée possible : chaque fois qu’on crée un nouveau service, il faut se demander s’il est vraiment nécessaire ! Or, aujourd’hui, par manque de formation et d’information, les clients craignent de payer plus cher les produits meilleurs pour l’environnement, alors que ce n’est pas forcément le cas. Pour le moment, nos clients ne sont pas encore réceptifs à ce sujet, il est rare que les comités de direction s’impliquent dans le numérique.

Nous n’en sommes qu’aux débuts du numérique responsable.

Qu’est-ce qui pourrait débloquer la situation pour votre entreprise et pour votre industrie ?
  • – Le cadre réglementaire pourrait inciter les consommateurs à garder plus longtemps leurs terminaux, limiter voire interdire l’obsolescence programmée, limiter les publicités comme les offres de smartphone à 1€, faire en sorte que les gens ne soient pas obligés de télécharger les nouvelles versions des applications… Tout cela est déjà prévu dans un projet de loi, mais se pose le problème du contrôle des normes existantes.

  • – Il faudrait aller beaucoup plus loin dans la communication des bonnes pratiques pour faire évoluer les comportements : inciter notamment à couper le wifi quand on sort de chez soi, à préférer les téléchargements en wifi plutôt qu’en 4G, à être fier d’avoir un téléphone vintage. Pour sensibiliser les collaborateurs sur les conséquences de leurs actes sur l’environnement, l’outil La Fresque du Climat pourrait par exemple être inclu dans le parcours d’intégration de l’entreprise.
Qu’attendez-vous de votre participation à la CEC ?

En tant qu’entreprise, OCTO Technology est très heureuse d’embarquer dans cette aventure de la CEC.

Personnellement, j’attends beaucoup d’échanges avec d’autres entreprises et experts, pour imaginer comment aller plus loin, s’inspirer des autres et apporter son expérience pour mieux appréhender les opportunités offertes par la transition énergétique.

J’espère que la CEC sera une caisse de résonnance à tous les niveaux – entreprises, pouvoirs publics et citoyens – sur le sujet du climat, pour nous permettre de construire ensemble une sobriété heureuse.

Interview réalisée en juillet 2021 par Claire de Bourmont

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