Interview de David Sussmann

Interview de David Sussmann, Fondateur de Seafoodia.

L’entreprise Seafoodia a été sélectionnée pour participer à la Convention des Entreprises pour le Climat (CEC) qui se tient de septembre 2021 à juin 2022. La CEC réunit 150 dirigeants d’entreprises issus d’une grande variété de secteurs, pour les aider à mesurer le défi d’une réduction de 55% des émissions de GES d’ici 2030 et les accompagner dans la co-construction de feuilles de route pour y arriver.

Quel est l’enjeu écologique principal de votre entreprise dans son secteur d’activité ?

Je vois trois enjeux principaux :

Le réchauffement climatique : on estime que les vagues de chaleur marines ont augmenté de plus de 50 % depuis 30 ans. À l’échelle mondiale, on prévoit que la température des océans augmentera de 1 à 4°C d’ici 2100. La fonte des glaces et le réchauffement des eaux entraînent des migrations des espèces de poissons dans l’océan. Les zones tropicales pourraient ainsi connaître des baisses de prises potentielles de poissons et de fruits de mer allant jusqu’à 40%, tandis que des nouvelles zones de stocks de poissons apparaissent.

La pollution plastique : 75% des déchets marins sont des plastiques ! Les quelques 5 000 milliards de particules de plastique qui flottent à la surface des mers ont un fort impact sur la biodiversité marine. On estime de 94% des estomacs des oiseaux de la mer du Nord contiennent du plastique…

La pêche illégale représente 25% des pêches dans le monde ! Cette pêche n’étant par définition pas encadrée, elle menace fortement l’équilibre de la biodiversité marine.

– J’ajouterais un quatrième enjeu : la traçabilité, qui devient une vraie attente du consommateur. Celui-ci tient de plus en plus à connaître l’impact des produits qu’il achète sur l’environnement et sur la planète.

Qu’est-ce qui vous empêche d’avancer aujourd’hui ?

Nous avons besoin d’une prise de conscience plus globale dans l’industrie et la société. Chacun peut et doit agir : les citoyens en changeant leur mode de consommation, les entreprises en transformant leurs procédés de production et en alignant leur stratégie sur les objectifs de développement durable de l’ONU, et bien sûr les pouvoirs publics en prenant des mesures rapides et opérationnelles.

Par ailleurs, nous manquons d’alternatives viables pour le plastique dans notre industrie : nous devons financer la recherche de solutions durables le plus rapidement possible. Chez Seafoodia, nous travaillons à la mise en place d’emballages 100% recyclés et recyclables, mais aussi de matériel de pêche plus vertueux comme des casiers à homard biodégradables. Mais il faut aller plus loin et pour cela nous avons besoin d’une innovation industrielle responsable et durable.

Qu’est-ce qui pourrait débloquer la situation pour votre entreprise et pour votre industrie ?

Il faut une réelle prise de conscience et une volonté commune d’agir de toutes les entreprises, grandes comme petites. Je crois fermement que le changement ne viendra pas seulement par la voie politique mais aussi et surtout par les acteurs économiques. Les entrepreneurs ont un pouvoir de parole mais aussi d’action pour transformer le monde : la manière de produire, de consommer, de voyager etc. La communication est essentielle pour créer et accélérer cette prise de conscience. Nous devons travailler tous ensemble pour trouver des solutions rapides et efficaces pour les dangers environnementaux les plus critiques : réduire nos émissions de gaz à effet de serre, notre consommation de plastique, protéger nos océans, etc.

Qu’attendez-vous de votre participation à la CEC ?

La mission de la CEC est de « provoquer un sursaut pour que les entreprises prennent toute leur part dans la transition écologique et opérer une démarche exigeante et bienveillante centrée sur les dirigeantes et dirigeants ». J’attends de ma participation à la CEC des partages de visions, d’expériences ; une synergie des forces et des volontés pour avoir un impact fort, concret et rapide.

Je rêve que la CEC puisse déboucher sur une sorte de doctrine de refonte du capitalisme actuel, avec une obligation d’être écologiquement responsable.

Interview réalisée en juillet 2021 par Claire de Bourmont

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